Handball : une victoire sur le terrain mais pas à la télévision

Dimanche 29 Janvier dernier, l’Equipe de France de Handball (prononcez han’t-bâle, ne risquons pas une nouvelle invasion teutonne !) a remporté devant son public le championnat du monde, soit son sixième titre dans la compétition, le quatrième sur les 5 dernières éditions !! Et cela dans une ambiance assez folle, qui a certainement joué sur la performance étincelante des Omeyer, Karabatic, Fabregas et consorts.

Malgré cela, l’engouement médiatique a été très peu visible pour la meilleure équipe française des sports collectifs, le vainqueur n’ayant eu que trois petits matches sur le service public. Pourquoi un tel désintérêt télévisuel, à l’opposé du succès public ?

Une équipe d’experts au dessus du lot

Comme indiqué en préambule, l’équipe de France de Handball est actuellement la meilleure équipe possible du sport français : six titres mondiaux en 22 ans auxquels on peut ajouter trois titres continentaux et deux olympiques. Ajoutez à cela quelques breloques argentées et bronzées, et vous obtenez l’un des plus beaux palmarès pour un sport collectif. C’est même le plus beau pour le sport Français, bien loin devant un titre, une finale et deux demi-finales pour le football, sport qui semble pourtant être le roi chez nous.

11 titres en 24 ans ? Pas terrible !

Cette folle histoire part de très loin. Jusqu’au début des années 90, la France est assez anonyme dans la pratique du hand. La politique de développement de la fédération a certes permis de multiplier par plus de 5 le nombre de licencié entre 1965 et 1982, mais pendant ce temps l’équipe nationale brille par son absence sur la scène internationale. Le pire arrivant en 1985, où l’équipe tombe dans l’anonymat et se classe 19e mondiale.

La mise en lumière se fera grâce à un entraîneur qui changera radicalement la façon de travailler des joueurs sélectionnés en imposant de très grosses séances physiques, ce qui n’était pas du tout le cas avant sa prise en main, Daniel Costantini. Résultat : une remontée dans le groupe A, un premier match gagné en Coupe du Monde contre l’Algérie, est une 9e place en 1990 qui qualifie la France pour les Jeux Olympiques de Barcelone, où le groupe accrochera une magnifique médaille de Bronze, première récompense du handball Français, en ayant notamment battue l’Espagne en entrée de tournoi, pourtant grande favorite.

La belle euphorie continuera jusqu’en 1996, où “les Barjots” (car les mecs pouvaient battre les meilleurs équipes comme tomber contre une équipe largement à leur portée) remporteront une médaille d’argent en Suède en 1993, et une en or en Islande.

Tout part de l’Islande. Et des Barjots.

Mais la vraie période de domination se situe après 2008 avec “les Experts”, sous la houlette de Claude Onesta, qui gagnent deux Olympiades de suite (Pékin 2008 / Londres 2012), deux titres européens (Autriche 2010 / Danemark 2014) et trois titres mondiaux (Croatie 2009 / Suède 2011 / Qatar 2015) avant la compétition qui s’est donc tenue du 11 au 29 Janvier dernier, remportée de main de maître devant la Norvège qui disputait sa première finale mondiale masculine !

Les Experts sans Horatio Caine ça craint

Un succès populaire dans les tribunes… mais pas à la télévision

Cette victoire a été un véritable succès pour les organisateurs : 553 833 spectateurs enregistrés lors des quatre-vingt quatre matches disputés en dix-huit jours, dont vingt-trois à guichets fermés, un record d’affluence sur le match inaugural France-Brésil à l’AccorHotel Arena de Paris Bercy (15 609) et surtout un record d’affluence pour un match de championnat du monde battu deux fois à trois jours d’intervalles (28 010 spectateurs) à Pierre Mauroy, pour le huitième de finale France-Islande (31-25 score final) et pour le quart très accroché contre les suédois (33-30). Ajoutez à ça une disparition précoce du Danemark, champion olympique en titre, et de l’Allemagne (championne d’Europe) dès les huitièmes, et la présence sur le podium de deux novices (la Norvège comme dit plus haut, et la Slovénie qui a battu la Croatie sur le fil malgré un débours de 5 buts à la mi-temps!).

Bref, la compétition a été un énorme succès pour les organisateurs qui, malgré la présence de seulement deux salles utilisées en compétition nationale (le Hall XXL de Nantes et l’Arena de Montpellier), ont pu compter sur un soutien exceptionnel du peuple français envers ses champions. Et il fallait bien ça pour pouvoir constater l’engouement et la fête dans les tribunes. Car à part quelques images lors des journaux (spécialisés ou non), il n’y aura eu en tout et pour tout que trois matches (sur 84 je vous le rappelle) diffusés sur le service public ! A peine 3,5% des matches, à peine un tiers du parcours des Experts (six matches de poules et le huitième étant snobés). Pourquoi ?

Le fautif est un peu toujours le même : l’argent, et surtout le problème récurrent des Droits TV. Pour faire simple, lorsqu’une compétition souhaite être diffusée, en local, en national ou à l’international, elle découpe généralement son offre en lots, qui pourront être attribués à différents diffuseurs selon les offres chiffrées qu’ils déposeront et que l’organisation de la compétition acceptera. En France, c’est l’ogre BeIn Sports (qui préfère s’endetter pour diffuser le plus de sport possible) qui a remporté le gros en pouvant diffuser l’intégralité du championnat. Il a ensuite discuté avec d’autres partenaires du service public (TF1, France Télévisions, M6) pour leur permettre de diffuser quelques matches, en fonction du parcours possibles des handballeurs français. Seul TF1 s’est avancé pour une proposition, assez frileuse mais qui correspond à une logique implacable : la rentabilité. Le handball étant toujours assez intime sur le plan télévisuel (la Lidl StarLigue, championnat de France, étant diffusé en majorité sur… BeIn Sports!), la chaîne pouvait se permettre de prendre plus de matches pour avoir un retour sur investissement. Retour possible si la France allait forcément jusqu’au bout.

“Passer de la roulette de Zidane à la roucoulette d’Abalo ? Facile !”

À croire que la chaîne a préféré la jouer petit bras, ce qui est fort dommage pour ce sport télégénique au possible, qui malheureusement devra sûrement attendre la mort du foot pour avoir le droit de siéger sur le service public.

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Guillaume R
Foot, humour, bière, potes, saucisson. Un bon résumé de ce qu'on attend de la vie. Je ne veux pas me prendre la tête, juste des cuites.